Quand la CEDEAO ignore la prudence

Analyse d’un communiqué controversé

Dans un entretien sur Télé Sahel, le 25 décembre dernier, le Président de la Transition du Niger a porté des accusations graves contre la France et certains pays voisins. Il les accusait de soutenir activement ou passivement le terrorisme au Sahel. Dès le lendemain, et alors que les États concernés n’avaient pas encore tous réagi, la Commission de la CEDEAO a publié un communiqué d’une vacuité déconcertante. Elle rejetait les propos du dirigeant nigérien. Elle affirmait également son soutien au Nigéria ainsi qu’à tous les pays cités dans la communication du Général Tiani.

Le communiqué du 26 décembre surprend non seulement par sa superficialité mais surtout par sa précipitation. Il y avait aussi une absence totale de réserve ou de précaution. Plusieurs événements récents auraient pourtant dû inciter à plus de prudence. En effet, il aurait été judicieux d’attendre au minimum les réactions officielles des États concernés.

Une organisation d’intégration économique sans compétences en renseignements militaires aurait été bien avisée d’éviter une prise de position aussi péremptoire. Pour rappel, le Général Tiani accuse le Nigéria et le Bénin d’abriter des forces spéciales françaises. Il accuse également le Bénin ainsi que la Côte d’Ivoire d’offrir des bases militaires. Ces bases serviraient à la formation de terroristes destinés à attaquer les pays du Sahel.

Cette question complexe ne peut raisonnablement être balayée d’un revers de main. Ce d’autant plus que les fonctionnaires peinent déjà à remplir leur mission d’intégration économique régionale. Cette mission est censée être leur priorité.

Contexte et précédents

Accusations antérieures contre la France :

    Trois pays membres de la CEDEAO (avant leur retrait) avaient déjà accusé la France de soutenir le terrorisme. Le 18 octobre 2022, le Mali avait officiellement saisi le Conseil de sécurité pour la convocation d’un débat permettant d’exposer ses preuves. Ces accusations concernaient des violations de son espace aérien. Elles impliquaient aussi des livraisons d’armes à des groupes terroristes au Sahel. La CEDEAO, cependant, ne s’était jamais prononcée sur ce dossier. Elle n’a même pas encouragé le Conseil de sécurité à offrir une tribune à son État membre.

    Historique du soutien français aux déstabilisations:

    Il est bien établi que la France a historiquement soutenu des rébellions et des assassinats politiques en Afrique. Cela inclut le Mali, le Niger, le Nigéria (Biafra) et le Burkina Faso.

    Rôle des pays accusés :

    Le Bénin, le Nigéria et la Côte d’Ivoire étaient en première ligne pour promouvoir une intervention militaire contre le Niger. Ils avaient le soutien affirmé de la France. Si le Bénin et le Nigéria n’ont pas une tradition marquée de déstabilisation de leurs voisins, la Côte d’Ivoire, en revanche, a souvent été citée pour son rôle dans les crises au Biafra, au Libéria et en Sierra Leone.

    Débats internes au Nigéria :

    Certains sénateurs nigérians n’excluent pas la possibilité d’une enquête parlementaire. Cette enquête vérifierait les allégations du Général Tiani.

    En outre, plusieurs déclarations d’officiels français évoquent ouvertement une volonté de déstabiliser les pays du Sahel. Cela rend leur proximité avec les dirigeants des pays cités encore plus suspecte.

    Une défaillance de leadership

    Tous ces faits auraient dû inciter le Président de la Commission à davantage de retenue. Dans un contexte où, par manque de leadership, la CEDEAO s’éloigne de sa mission d’intégration économique, le communiqué du 26 décembre reflète une immaturité institutionnelle croissante. L’ancien Président Laurent Gbagbo a parfaitement résumé le sentiment dominant des citoyens de l’espace CEDEAO vis-à-vis de cette organisation : « La seule chose bonne de la création de la CEDEAO, c’est sa création. J’ai beaucoup de raisons d’être déçu de la CEDEAO ».

    En conclusion, il est urgent que la Commission de la CEDEAO se recentre sur ses objectifs fondamentaux d’intégration économique. Elle devrait laisser les questions de renseignement militaire à des instances plus compétentes. Une prise de position aussi précipitée risque d’entacher encore davantage sa crédibilité.

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