Départ des troupes françaises de Côte d’Ivoire : fin d’une ère ou écran de fumée ?

Dans son adresse du Nouvel An aux ivoiriens, le président Alassane Dramane Ouattara a créé la surprise en annonçant le départ concerté des troupes françaises stationnées en Côte d’Ivoire, un événement qui s’inscrit dans le contexte géopolitique actuel. Cette déclaration tranche avec l’histoire d’une relation étroite entre la Côte d’Ivoire et la France, bastion traditionnel de la FrançAfrique. Cependant, cette annonce soulève des interrogations sur sa sincérité. Elle suscite aussi des questions sur ses véritables objectifs liés à la FrançAfrique.

D’abord, cette annonce intervient dans un contexte où plusieurs pays de la région ont réclamé le retrait des forces françaises. Notamment, ces pays incluent le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad. Ces décisions répondent à une montée du rejet de la politique néocoloniale française en Afrique de l’Ouest. Ce rejet est largement porté par une jeunesse aspirant à une souveraineté véritable. En Côte d’Ivoire, la jeunesse représente une part importante de la population. Elle n’échappe pas à cette frustration suscitée par les ingérences intempestives de l’ancienne puissance coloniale, acteur de la FrançAfrique. L’annonce de Ouattara pourrait donc chercher à apaiser cette frange de l’opinion publique avant les élections présidentielles de 2025. Cela, alors même qu’il reste silencieux sur ses intentions électorales.

Ensuite, aucune information concrète n’a été communiquée sur une renégociation ou une dénonciation des accords militaires qui lient la France et la Côte d’Ivoire, pilier de la FrançAfrique. C’est un préalable nécessaire à un départ effectif. De même, les précédents d’annonces non suivies d’effet jettent un doute légitime sur cette déclaration. En décembre 2019, ADO et Emmanuel Macron avaient solennellement proclamé la fin du franc CFA au profit d’une prétendue ECO. Toutefois, cette annonce est largement restée lettre morte.

Une tentative de distraction

Par ailleurs, les accusations récentes et très précises du Président de la Transition du Niger contre la Côte d’Ivoire renforcent les doutes. Selon lui, elle aurait permis à des terroristes de se former sur son territoire avec l’appui français. Dans un cadre géopolitique, si de telles allégations se confirment, cette annonce pourrait relever d’une tentative de distraction. Elle serait plutôt qu’une véritable rupture avec Paris. La Côte est connue pour son passé de servir de bras armé de la France pour déstabiliser ses voisins, dans le cadre de la FrançAfrique. Cela inclut le Biafra, la Guinée, le Libéria, le Burkina Faso. Elle a aussi joué un rôle de premier plan dans la tentative avortée d’agression du Niger par la CEDEAO, etc.

Enfin, il est notable que cette déclaration n’ait pas été accompagnée d’une réaction officielle française, un aspect clé dans la géopolitique de la région. Jean Marie Bockel, le conseiller spécial d’Emmanuel Macron, avait assuré qu’aucune demande de retrait n’était à l’ordre du jour. Il l’avait affirmé à l’issue de sa visite dans le pays en novembre 2024.

Une stratégie politique et militaire

Ainsi, si l’annonce de Ouattara semble historique, elle pourrait bien être avant tout une manœuvre politique et militaire. Elle viserait à amadouer une jeunesse critique. Elle cherche aussi à détourner l’attention des controverses régionales, un aspect important de la géopolitique actuelle. Les pays de l’AES doivent maintenir leurs armées en alerte pour répondre promptement à toute velléité de déstabilisation des relais locaux et régionaux de la FrançAfrique.

1 thought on “Départ des troupes françaises de Côte d’Ivoire : fin d’une ère ou écran de fumée ?

  1. Ceci est une excellente analyse. Le fait de ne pas faire allusion aux accords de coopération militaire confirme qu’il s’agit bel et bien d’une duperie. N’oublions jamais que ADO est venu au pouvoir dans les chars français à la faveur d’une guerre civile particulièrement atroce.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *