Macron et l’Afrique : Entre Mépris et Désillusions Diplomatiques

Le discours du Président français Emmanuel Macron prononcé le 06 janvier 2025 face aux ambassadeurs de France a de nouveau suscité l’indignation en Afrique. Macron a perpétué une rhétorique condescendante et déconnectée des réalités actuelles, notamment concernant le Niger. Ainsi, il confirme, une fois de plus, les critiques croissantes à l’encontre de la politique africaine de la France. Cette fois, les réactions ne proviennent plus uniquement des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Elles s’étendent aussi à des nations traditionnellement plus soumises à ce qu’on appelle FrançAfrique, comme le Sénégal et le Tchad.

Une illusion tenace : “La France, sauveuse de l’Afrique”

Le Président Macron persiste à prétendre que l’intervention française aurait empêché la disparition des États africains face au terrorisme. Une telle affirmation n’est pas seulement erronée. Elle est insultante. En janvier 2013, lorsque la France est intervenue au Mali, les groupes terroristes étaient confinés à certaines parties du nord du pays. Aujourd’hui, après des années d’opérations militaires françaises, le terrorisme s’est répandu non seulement à travers tout le Mali. Il s’est aussi répandu au Burkina Faso, au Niger et même dans les pays du Golfe de Guinée. En effet, une photographie de la région d’avant l’intervention suffirait à démontrer que l’action française a, au mieux, échoué. Elle a, au pire, même aggravé la situation en FrançAfrique.

Le rapport Bockel et les accusations de déstabilisation

En confirmant que le retrait des bases françaises aurait été soigneusement orchestré, Macron valide indirectement les accusations du Président de la Transition du Niger, le Général Abdourahamane Tiani. Ce dernier a dénoncé un plan, évoqué dans le rapport de M. Bockel, visant à maintenir les forces françaises en Afrique. Tout en les rendant moins visibles. Cette stratégie trahit une volonté de contrôle et de déstabilisation. Cela est bien loin de l’image d’une puissance étrangère dévouée à la paix et à la sécurité des peuples africains en FrançAfrique.

Des réactions africaines fermes et éclairées

Face à ce discours, les réactions africaines ont été cinglantes et éloquentes. Le gouvernement tchadien a rappelé que la souveraineté de son pays et la construction de son armée ne doivent rien à la France. Ce sont les sacrifices du peuple tchadien, et non une quelconque largesse française, qui ont forgé une armée forte et résiliente. Au Niger, les critiques envers la France ne cessent de croître.

De son côté, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a également démenti les affirmations de Macron. Macron avait dit que le retrait des bases françaises aurait été le fruit de discussions ou de négociations avec Paris. Cependant, Sonko a été clair. La décision sénégalaise est celle d’un pays libre et souverain. À travers cette réponse, Sonko a réitéré une vérité historique trop souvent ignorée. Si l’Afrique a contribué à la libération de la France durant les guerres mondiales, c’est la France qui a souvent été à l’origine de déstabilisations en FrançAfrique. Notamment en Libye.

Les propos du Président Macron à propos du départ prétendument négocié de l’armée française au Sénégal et au Tchad sont catégoriquement démentis par les deux pays. C’est donc pourquoi il est aisé de comprendre que cela ne concerne que la Côte d’Ivoire en FrançAfrique.

La vérité sur la décision de retrait des bases françaises

Macron, dans un excès de franchise ou d’arrogance, a révélé que c’est lui qui aurait demandé au Président ivoirien Alassane Ouattara d’annoncer le retrait des bases françaises en Afrique de l’Ouest. Cette déclaration confirme ce que beaucoup soupçonnaient. La décision de retrait annoncée par le Président Ouattara n’était ni sincère ni souveraine. Elle émane d’un ordre venu de Paris en FrançAfrique. Comme nous l’avions évoqué dans le précédent édito, il était difficile de croire que le Président Ouattara, arrivé au pouvoir dans les chars français. Cela serait improbable, surtout à la suite d’une sanglante rébellion et d’un coup de force militaire contre Laurent Gbagbo. Qu’il ait pu prendre une telle décision de son propre chef était improbable. Cette “vérité”, émanant de la voix la plus autorisée, illustre une fois de plus le paternalisme qui continue d’imprégner les relations entre la France et certaines de ses anciennes colonies.

La fin d’une époque

Le discours de Macron, loin de réparer les relations franco-africaines, confirme leur érosion inéluctable. L’Afrique d’aujourd’hui, consciente de ses atouts et des dynamiques mondiales, n’est plus disposée à jouer le rôle de spectatrice dans un ordre international dominé par ses anciens colonisateurs en FrançAfrique. La réponse claire et éclairée des dirigeants africains à ce discours témoigne d’une époque révolue. Celle de la soumission aveugle à la FrançAfrique.

Il est temps pour la France de réviser son approche. Elle doit adopter une posture de respect mutuel, sans illusion de supériorité. L’Afrique, avec sa jeunesse dynamique et sa quête de souveraineté, ne peut plus être contenue par des discours paternalistes. Les stratégies obsolètes de la FrançAfrique ne sont plus efficaces, en particulier au Niger.

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