AES : Quand le vent du changement risque de faire dérailler.
Au Sahel, un espoir est né. Porté par une jeunesse panafricaniste et des peuples longtemps bafoués, désillusionnés par des « démocraties » prédatrices et serviles, un vent de rupture souffle depuis l’émergence de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette confédération inédite regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger en Afrique. Elle est apparue comme le socle d’une souveraineté retrouvée. Il y a aussi une volonté ferme de rompre avec la Françafrique et de rebâtir des États au service des peuples. Mais à mesure que le temps passe, des signaux d’alerte se multiplient, en particulier au Niger et au Mali. Ils menacent de compromettre l’avenir de cette révolution populaire.
Le Burkina Faso, une fragile exception.
Sous la direction du Capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso se distingue par une ligne claire : la mobilisation des compétences nationales, la rupture avec le clientélisme, le culte de la personnalité et une orientation stratégique vers le développement et l’auto-suffisance. Loin de s’entourer de courtisans ou d’installer ses proches aux postes-clés, le Capitaine IB semble s’appuyer sur le mérite et la vision. Ce qui lui vaut une adhésion populaire notable.
Mais cette dynamique risque d’être affaiblie par les dérives visibles chez ses partenaires de la région. Car la solidité de l’AES ne saurait reposer sur un seul pilier.
Mali, Niger : quand la révolution tourne le dos à ses principes
Au Mali et au Niger, les premières lignes de fracture sont visibles. Au lieu de restaurer la souveraineté au service du peuple, ces régimes semblent glisser vers une militarisation excessive. Un autoritarisme larvé apparaît également.
Au Niger, la dissolution en toute illégalité des syndicats des magistrats a marqué un tournant grave dans l’érosion de l’État de droit. Elle s’ajoute aux déguerpissements massifs et souvent brutaux dans la périphérie de Niamey, menés sans concertation avec les populations concernées. Cette approche technocratique est déconnectée du terrain et alimente la colère populaire. Plus inquiétant encore : le silence pesant sur les dossiers de crimes économiques. Ce mutisme jette le doute sur la volonté du CNSP de rompre avec les pratiques corruptrices du passé.
La gestion du pays, largement confiée à des officiers inexpérimentés, traduit une navigation à vue. Le fonctionnement de l’administration se mue peu à peu en dispositif militaire, où les compétences civiles sont marginalisées. Les cérémonies d’État ressemblent davantage à des parades militaires qu’à des moments de gouvernance républicaine.
L’affaire Choguel : le doute s’installe à Bamako
Au Mali, la situation n’est pas moins préoccupante. La récente arrestation de l’ancien Premier ministre Choguel Maiga, figure emblématique de la lutte contre la Françafrique, suscite une vague d’indignation. Que reproche-t-on exactement à cet homme resté droit dans ses engagements ? Il avait pourtant porté, haut et fort, la voix du peuple malien face aux diktats étrangers.
Cette arrestation, combinée à d’autres pressions sur des voix dissidentes, donne à penser que les généraux de Kati ont troqué la souveraineté contre la tentation autoritaire. Le silence, le verrouillage de la presse et les poursuites judiciaires instrumentalisées, tout cela rappelle les mécanismes éculés des régimes prédateurs que la révolution panafricaine voulait justement balayer.
Le Capitaine IB face à un tournant historique
Dans ce contexte, le Capitaine Ibrahim Traoré doit prendre ses responsabilités historiques. Il est aujourd’hui le seul leader de l’AES à bénéficier encore d’une confiance populaire forte et relativement unanime. Il porte, de fait, l’espoir de toute une génération africaine. Mais cet espoir pourrait être trahi par les errances de ses homologues.
S’il veut préserver le cap, il lui faudra instaurer une distance sanitaire vis-à-vis de Bamako et de Niamey. Mieux encore : il devra poser des balises, exiger le respect de certains principes fondamentaux dans la gouvernance des membres de l’AES. Loin de fragiliser l’alliance, cette exigence éthique la renforcerait.
Pour que le déclin de la Françafrique soit irréversible
La rupture avec la Françafrique et les démocraties de La Baule ne doit pas seulement être une posture. Elle doit se traduire par l’émergence d’États exemplaires. Ceux où la justice est indépendante, les citoyens respectés et les ressources bien gérées. Sans cela, la révolution populaire ne sera qu’un feu de paille, prêt à être éteint par les vents contraires.
Ceux qui ont été portés au pouvoir par la détermination des peuples doivent se rappeler qu’ils ne sont pas des sauveurs, mais des mandataires. Et qu’aucune tunique militaire, si sacrée soit-elle, ne confère de droit divin pour gouverner sans compte à rendre.
Il est encore temps d’éviter le pire. Mais il faut, pour cela, entendre les murmures de la base avant qu’ils ne deviennent des clameurs.






